A Rochefort sur Loire,
une tour carolingienne ?

Article revu et complété  en Juin 2015

           Le cadastre actuel ne le laisse pas deviner : jusque vers 1870 le centre de Rochefort était occupé par un enclos seigneurial typique de l’An Mil comprenant logis du maître des lieux, logement de gardes, écurie, granges, pressoir et même prison, à bestiaux en principe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                 Le cadastre actuel (remodelage 19ème)                                    Le cadastre napoléonien

 

           Sur le cadastre napoléonien (de 1828) le lieu s’appelle l’Abbaye. Ce nom ne doit pas être pris au pied de la lettre. Il fait tout bonnement référence au propriétaire d’avant la Révolution : les abbesses de l'abbaye Notre-Dame de la Charité d’Angers (dite du Ronceray), au titre de leur chastelnye de Cour-de-Pierre.

 

           Un Cartulaire de l'Abbaye est conservé à la Bibliothèque Municipale de la Ville d'Angers. Il y est mentionné que les abbesses étaient dames châtelaines à la suite d'une donation faite en 1037 par Thibault, comte de Blois, sur les instances d'Hildegarde, épouse du comte d'Anjou Foulque Nerra. Le domaine seigneurial couvrait la moitié Ouest de la commune de Rochefort ainsi que le territoire des communes voisines de Beaulieu et Saint-Lambert.

 

           L’autre moitié de Rochefort relevait principalement de la baronnie de Rochefort dont le château-fort, démoli en 1599 sur ordre du roi Henri IV, était érigé en vallée de Loire, à 500 mètres du bourg sur une émergence « volcanique », dite de nos jours « rocher de Saint-Offange ".

 

                     Une curia carolingienne

 

           Jusqu’à ces dernières années, on ne situait pas le lieu de Cour-de-Pierre d'où la châtellenie des religieuses tenait son nom. On savait que s'y trouvait un rocher, le Rupes Martis, où, vers 420-450, l'évêque d’Angers saint Maurille avait détruit le sanctuaire d’un dieu Mars gallo-romain.

           Après son passage le lieu avait pris le nom de  Castrum Petrae (place forte de la Pierre), puis dans les temps carolingiens, sinon mérovingiens,  Curia Petre,  curia c'est-à-dire centre d’un domaine seigneurial. 

 

           Récemment fut découvert que le lieu-dit l’Abbaye figurant dans l'ancien cadastre n'était ni plus ni moins que le lieu de Cour-de-Pierre. D'autrefois n'existe plus guère qu'un reste de muraille, aussi, sous le clocher, le rocher sacré du dieu Mars, la Pierre, expression d'un temps où le mot pierre  équivalait à rocher  (Tu es Pierre et  sur cette pierre.....).

            Retrouvé après maintes recherches, l’enclos seigneurial de l’An Mil est ci-après présenté

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Autrefois la rue Grand'Cour s'appelait rue de la Galerie.  Probablement  s'y trouvait  la porte de l'enceinte seigneuriale permettant d'accéder à la galerie d'entrée de l'église en un temps où il y avait une muraille côté place Sainte-Croix.

 

                   Le clocher, une tour féodale ?

 

            Ce clocher situé au seul point haut du tracé d’une enceinte seigneuriale du Haut Moyen Âge, n'aurait-il pas pris la place de la tour de prestige et de défense qui accompagnait les résidences seigneuriales de ce temps-là ?

            La réponse semble donner par le plan au sol de l'église du cadastre napoléonien dont le relevé fut dressé en 1827 par l’architecte Villers :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce relevé fait apparaître :

- 1) l'église de 1827 résultait de l'élargissement d'une toute première église qui n’était pas accolée au clocher : le site reflétant une organisation du Haut Moyen Âge, un même niveau d'église que celui de l'embase du clocher constitue un indice fort  de l’existence ancienne d’une motte féodale supportant sur un même plan le logis seigneurial, la chapelle et la tour

- 2) le mur de la sacristie élargit l’église d’une façon irrationnelle... tout à fait comme s’il avait été aligné sur un mur par la suite ouvert pour mettre le clocher en relation avec l'église !

- 3) l'alignement du mur de la sacristie laisse totalement libre l’accès à l’escalier menant aux étages du clocher : c'est un probable indice que d'origine l'édifice était pourvu d'une paroi sur ses quatre faces. Un sondage permettrait probablement de confirmer ou d'infirmer cette hypothèse : si se retrouvaient les fondations d'un mur cela signifierait que le clocher était primitivement une tour et que son aspect clocher lui vient de travaux postérieurs. Notre vœu : la réalisation d'un tel sondage.

 

                   Le clocher, tour carolingienne ?

 

 

             La tour du clocher de Sainte-Croix de Rochefort pose un problème de datation non seulement par sa situation sur une enceinte seigneuriale et divers détails d’architecture, aussi par sa disproportion en regard de l’église démolie en 1840.

 

Avancer l’hypothèse que le clocher fut antérieurement une tour féodale implique

- que sa construction remonte aux comtes de Blois, avant donc la donation de 1037 au Ronceray : on voit mal les abbesses réaliser un ouvrage de défense de cette importance alors que par ailleurs elles « sous-traitent » au seigneur voisin  la défense de leur fief de Cour-de-Pierre,

- qu'aux temps carolingiens, des tours en pierre se construisaient dont la section se rétrécissait par palier, ce que d’aucuns considèrent (avec juste raison) comme un non-sens en matière de fortification.

 

           Or, si aberrante soit-elle, cette forme d’architecture militaire était courante au Haut Moyen Âge à en juger de moult miniatures figurant dans les ouvrages du temps tel le psautier dit d’Utrecht, " (écrit et illustré à Hautvilliers entre 820 et 830), l’évangile de Saint Florin de Coblence écrit à Reims vers 830, le Psautier d’or de Saint-Gall écrit dans le courant du 9ème siècle, le manuscrit des poésies de Prudence de la fin du 9ème siècle ou encore le manuscrit Leyde lui aussi du 9ème siècle. Deux exemples ci-après extraits de « L’EMPIRE CAROLINGIEN » Collection Gallimard: L’univers des formes.

 

 

 

 

 

 

 

           L’hypothèse « fortification carolingienne » ne semblant ainsi pas à exclure, sont présentées ci-dessous en parallèle la tour qui peut avoir existé du temps des comtes de Blois et les ruines d’une tour qui, à Fécamp, remonte au temps de Guillaume Longue-Épée ; dite tour de Babylone elle est datée de 911. Comme à Rochefort s’y trouve un décrochement de paroi réduisant de l’extérieur la section de l’édifice.

La reconstitution proposée limite la hauteur de la tour d'escalier d'angle parce que d’anciens dessins, notamment de l'architecte Monfort, laissent entrevoir une possible surélévation de l'escalier d'angle. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                 Autre document prouvant qu'en ce temps-là, il était courant de réaliser des tours de défense avec étages de section décroissante : la reproduction, ci-après présentée, d'un des motifs d'un bandeau sculpté visible sue la cathédrale de Plaisance (12ème siècle) : au premier plan le diable suggère au Christ de se jeter dans le vide depuis le dôme du Temple. En arrière-plan  une tour de défense avec étage supérieur en "décroché".

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                           (Repris  du n°1936 de Famille Chrétienne)

 

             À ce stade de la recherche une question vient à l'esprit : si la structure de base du clocher de Rochefort remonte aux temps carolingiens, comment se peut-il faire qu'elle soit en si bon état et qu'il n'en existe guère d'autres ailleurs ?

Notre réponse : À travers les âges les structures à finalité militaire soit disparaissent par arasement ou transformation volontaire, soit deviennent des ruines parce que devenues sans utilité. À Rochefort-sur-Loire la remise de la tour carolingienne aux abbesses du Ronceray en 1037 lui fit perdre ipso facto tout intérêt militaire, mais, par sa proximité avec l'église seigneuriale, lui fit tout aussitôt gagner l'intérêt de pouvoir être utilisé comme clocher, un clocher qui d'âge en âge fut entretenu, le cas échéant moyennant travaux d'amélioration esthétique…ou autre.

 

            Avant la tour, un fanum gallo-romain ?

 

           À suivre les relations de la vie de Saint Maurille évêque d'Angers, dans les années 420 – 450, l'assise du clocher était dédiée à un dieu Mars gallo-romain en un lieu où se déroulaient orgies et bacchanales. Cette  assise étant ce qu'elle est, c'est-à-dire en surélévation et avec une emprise carrée de 10,5 x 10,5 mètres, la probabilité est grande qu’elle supportait un fanum gallo-romain, lieu de réjouissances publiques autour de l'autel du dieu Mars localement honoré.

                À quand les fouilles sous le dallage du porche ?

 

                                                                  Michel Nouaille-Degorce (26/6/2015)

 

 

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