Réformer l'enseignement de l'histoire

Au titre de l'Éducation Nationale, le Conseil Supérieur des Programmes a concocté en cette année 2015 une réforme des programmes d'Histoire suscitant un tollé de la part de nombre d'intellectuels de renom. À cette occasion me revient que jusqu'au sommet de l'État les bien-pensants ne cessent de s’écrier qu’en France il ne peut pas y avoir d’histoire officielle, en somme que  tout un chacun, en matière d’histoire, pourrait enseigner n’importe quoi ou encore n'en faire ressortir qu'une face.

 

De la sorte dispensé, notre enseignement national a pour conséquence de laisser libre-cours aux enseignements les plus partiaux et par voie de conséquence de fausser dans les esprits la perception de notre passé national. C'est ainsi que, sous prétexte de "mémoires coloniales blessées", les mêmes qui font ressortir le scandale de la traite négrière camouflent soigneusement que  l’esclavage ne fut pas un « sous-produit » de la colonisation de l’Afrique. Bien au contraire le premier de ces «sous-produits» fut son  abolition en un continent où cette pratique sévissait depuis la plus haute antiquité. En témoigne la conférence de Berlin de 1885 qui, organisant la colonisation, fit obligation aux puissances colonisatrices de veiller à l'amélioration des conditions de vie des populations indigènes et à la suppression de l'esclavage et de la traite des noirs.

 

Amateur de revues du 19ème siècle, tel "Le Tour du Monde" ou encore "Le Journal des Voyages", je conseille leur lecture à ceux qui enseignent l'histoire ou même seulement veulent s'informer. Elle est édifiante et tout un chacun peut le faire en consultant le site de la Bibliothèque Nationale de France (http//gallica.bnf.fr). On y voit par exemple :

 

- En Afrique de l’Ouest

 

           Dans le numéro du 24 février 1878 du Journal des Voyages cet extrait de Chasses et aventures de Paul du Chaillu au pays des Gorilles (1856) :" Il y avait disette à cette époque dans le camp. Il ne se trouvait à côté aucun champ de bananes ou de manioc. Le peuple n'avait pour toute nourriture que les noix de la forêt…c'est exécrable," ou encore du même dans le numéro du 7 avril suivant : "Ne croyez cependant pas qu'ils se repaissent continuellement de chair humaine. Ils en mangent quand l'occasion se présente. Ils ne tuent personne pour s'en nourrir". Pour la région sahélienne, voici ce qui se lit, repris du journal de marche de la Mission Niger,  dans le Journal des Voyages de 1897 à la date du 16 mai : " En aval de Say pendant près de 100 kilomètres est une région presque absolument déserte, dévastée par la guerre qui n’a cessé de régner depuis près  d’un siècle entre Say et Dendi » ou encore, à la date du 26 décembre, à propos de Samory : «La disparition de ce chasseur d'hommes mettrait un terme aux razzias et au commerce d'esclave qui déshonorent le Soudan, (le Mali dirions-nous de nos jours) ».

 

Ces récits anciens, on peut les  compléter de cette intervention de Michel Izard, anthropologue africaniste, lors du colloque de Ouagadougou de décembre 1993 (Burkina 2000 – Presses Africaines, Ouagadougou 1996)  : « C’est sous le règne de Ya Na Abdulay (1849-1896) que les guerriers Zerma, fuyant leur pays ravagé par les Peuls se mettent au service des souverains Dagbamba qui doivent chaque année par traité fournir un lourd tribu en captifs à l’Asanteheme. En 1856 les Zerma se mettent à leur compte : ils investissent le pays Gurunsi et tentent d’y établir un état militaire esclavagiste ».

 

-Afrique Centrale et Orientale

 

           La lecture du dernier Journal de Livingstone  (Revue Le Tour du Monde - 2ème semestre 1875) donne une approche particulièrement édifiante de la situation en ces régions à la veille de la colonisation.

 

 Livingstone, ce fut un  missionnaire-médecin écossais qui de 1853 à 1873 consacra vingt ans de sa vie à en faire l'exploration. Or, s’il est un homme aux mains pures, c’est  bien lui. N'écrivait-il pas le 25 mars 1866  « Sur le point de rentrer en Afrique, je me sens tout joyeux. Quand on y revient avec l’espoir d’améliorer le sort des indigènes, tout s’anoblit» !

 

           Or à lire ce "dernier Journal" à longueur d’années, ce n’est que notes du genre :

- « Un des nôtres s’est écarté du chemin et a trouvé une quantité d’esclaves, la fourche au cou et abandonné par l’acheteur faute de nourriture. Ils n’avaient plus la force de parler » (27 juin 1866) .

- « Vu le campement d’une autre bande. On y comptait déjà dix parcs dont chacun, d’après le nombre de places, devait renfermer de quatre-vingt à cent esclaves. Cette bande avec laquelle nous n’avons eu aucun rapport a déguerpi avant le jour, c’est le résultat de notre qualité d’anglais » (1er avril 1867).

- «Pour fournir aux demandes des arabes, les Aîahous sur un espace de cinq à six kilomètres ont entièrement dépeuplé la bande féconde qui s’étend entre la montagne et le lac » (8 septembre1867/).

 « Pas d’habitants sinon à de longs intervalles et pas d’animaux. Les gens sont des Bahisa qui, par leur chasse à l’esclave, ont réduit leur propre pays à l’état de jungle » (6 /1/1868).

 -« Partout la famine et des prix de disette. Les habitants vivent de champignons et de feuillages » (19 janvier 1871).

 « Traversé une contrée littéralement couverte de villages, tous brûlés » (4/8/1871).

 

           Pour faire bonne mesure quant à l’état de ces régions de l’Afrique avant la colonisation, ajoutons ces lignes de Stanley, ce journaliste-explorateur célèbre par sa rencontre avec Livingstone :

 

- Le bois d’ébène, comme disait naguère nos négriers, est encore aujourd’hui en Afrique Centrale l’article le plus rémunérateur pour un « honnête commerçant » (Journal des Voyages, numéro du10 mars 1878).

 

 

-La colonisation, ce fut aussi une assistance à peuples en danger

 

           Les quelques exemples ci-dessus rapportés le montrent : nous, français, n'avons pas à avoir honte de notre passé colonial africain. Qui est honnête doit admettre  que ce ne fut pas seulement une forme d'impérialisme, ce fut aussi une  « assistance à peuples en danger », particulièrement en un temps où il n’y avait pas d’organisation internationale pour intervenir.

 

Que la colonisation ait eu sa raison d’être et des aspects positifs, les  africains impartiaux le reconnaissent eux-mêmes, tel l’éminent professeur Ki Zerbo lors du colloque de Ouagadougou précité : « L’Afrique était-elle condamnée à être colonisée ? Souffrait-elle de colonisabilité ? On pourrait presque l’admettre quand on constate le degré de décomposition des structures politiques, ou du moins de crises plus ou moins aiguës, plus ou moins larvées des pouvoirs et des sociétés. L’impact colonial servira de révélateur pour ces processus de décadence avancée, etc. ». En fin d’intervention le professeur  concluait en exprimant l’espoir que son exposé contribuerait,  ainsi que tout le colloque, «  à faire disparaître tout ce que la colonisation a eu de négatif étant entendu qu’elle a eu aussi beaucoup d’aspects positifs ». Ainsi en France on ergote sur d’éventuels aspects positifs de  la colonisation alors même que leur existence est reconnue par qui est le mieux placé pour en juger !

 

Conclusion

 

Vous qui faites les programmes d'histoire, vous qui enseignez l'histoire, particulièrement l’Histoire de France, veillez à la présenter aux jeunes d’une façon qui ne soit pas unilatérale. À l'heure actuelle, ce qui est enseigné avec la bénédiction des autorités, voici comment une lettre d'un jeune universitaire de ma connaissance le présente : « Nous aurions dépossédés de leur pays des indigènes dignes, développés, civilisés à leur façon. Nous aurions réduit en esclavage les dits indigènes (comme si ce n’était pas les puissances coloniales qui avaient mis fin à l’esclavage). Notre progrès serait la résultante de nos pillages (comme s’il y avait eu quelque chose à piller dans des pays comme le Mali, le Burkina, le Niger ou le Tchad !). Nous aurions semé la zizanie ethnique par nos découpages administratifs et notre politique (comme si n’existait pas en beaucoup d’endroits de l’Afrique une balkanisation pire que celle des Balkans, avec jusqu'à 21 langues différentes dans un même pays). Nous aurions attenté à la santé des indigènes en méprisant leurs médecines (comme si la colonisation n’était pas à l’origine d’un considérable  mieux-être sanitaire des populations locales), etc. »

 

C'est de la folie que de laisser nos jeunes, particulièrement ceux issus de l'immigration, subir un tel enseignement méconnaissant totalement qu'en Afrique elle apporta la paix, organisa l'instruction, créa des infrastructures, mit en place des structures de santé, ou encore développa de nouveaux procédés culturaux. En l'absence de connaissance sur cette face de notre Histoire nationale, que certains crachent  à la figure de leurs maîtres ou méprisent nos institution, ne nous en étonnons pas : "Qui sème le vent, récolte la tempête". 

                                                    

                                                                         Michel Nouaille-Degorce

                                                                                    Le 15 juin 2015

 

 

www.RochefortsurLoire.info