Au cœur de Rochefort-sur-Loire
Un clocher énigmatique

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responsable de la publication :

 

Michel Nouaille-Degorce,

maire honoraire.

 

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3 rue Grand'Cour

49190 Rochefort-sur-Loire.

 

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Mise à jour Juin 2017

           À Rochefort les églises passent, le clocher d’âge en âge demeure,  le cas échéant moyennant des modifications plus ou moins importantes.

 

            Ce qu’il était encore en 1875, nous le connaissons par un dessin de l'architecte Monfort1 (avec église de 1840 esquissée). Petite fantaisie du dessinateur : les baies jumelées sont  figurées dans leur plus grande dimension  alors qu'à en croire une inscription portée sur une poutre, depuis 1672 elles sont obturées à mi-hauteur par une maçonnerie sur laquelle prend appui la poutraison de support des cloches. 

 

           Le bulbe et son campanile sont des années 1692-1700. Ils remplacent une toiture en pyramide emportée par un fort coup de vent en 16912.

 

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1Collection C. Brière

2Procès-verbal fut dressé par le sénéchal de Rochefort (ADML cote 12 B 418).

 

 

Un clocher de datation problématique

 

           Tout récemment encore il était admis que le clocher de Sainte-Croix avait été construit tout d’une pièce par l’abbesse du Ronceray Françoise II Auvé qui fut en fonction de 1529 à 1549. Son blason figure en clé de voûte de ce qui est maintenant un porche que précède un perron imposant. Précédemment,  du moins historiquement, ce porche, pour une église orientée vers l'Est et non comme présentement vers Sud, ce porche fut une chapelle de transept éclairée par deux grandes verrières.  L'une est devenue entrée principale de l'église actuelle, l'autre est obturée (depuis 1840).

           S'appuyant principalement sur la disposition des contreforts, cette attribution XVIème siècle est peu crédible à qui étudie les pierres et les plans. Elle fait par trop fi des anomalies de construction qui se voient.

 

    Les principales sont :

 sur la face extérieure présentée,

- un contrefort d’angle n’étayant pas, mais " poussant sur l’angle",

- une surélévation fort apparente des baies jumelées des faces vues,

- un garde-corps de baies plein cintre visiblement surajouté,

sur la face extérieure opposée, et au vu d'un dessin antérieur à 1816, une galerie orientée vers la place Sainte-Croix en saillie sur une baie ogivale de nos jours obturée.

en intérieur :

-une épaisseur de murs faisant penser à une tour fortifiée (2m30 au premier niveau, puis 1m80 et 1m10),

-un passage muré visiblement surbaissé débouchant de la tour d’escalier sur la pièce d'étage éclairée par des baies plein cintre,  

-en côté église

-une assise des anciennes baies jumelées visiblement surélevée

-un couronnement3 de mur du genre entablement et, donnant sur ce couronnement, une sortie d’escalier orientée suivant la longueur du mur.

 

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3 visible des combles de l’église

 

Méditations sur le couronnement des murs

 

           Sur ses trois faces visibles, les murs du clocher de l'église de Rochefort-sur-Loire se terminent par une corniche moulurée d'apparence assez quelconque.

Pour qui regarde de plus près, celle de face Est laisse perplexe car, contrairement aux deux autres, elle est ornée de trois motifs décoratifs ayant la particularité d'être  irrégulièrement incrustées. Pourquoi, se demande l'observateur ?

 

 

 

 

 

 

 

 

                                          Présentation des trois motifs décoratifs de la corniche de face Est

 

           En cherchant à comprendre, surprise : le couronnement du mur de face Sud (visible des combles de l'église), ce couronnement a une toute autre ampleur ; comme indiqué plus haut ce n'est pas une corniche mais plutôt un entablement. À son premier niveau il est orné de motifs décoratifs, régulièrement disposés pour ceux encore perceptibles. Un seul est encore lisible : il est de même facture que celui qui, en face Est, se voit sous le pinacle surmontant le contrefort monté "à pousser" sur l'angle des murs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                          Présentation de l'entablement du mur Sud                     L'entablement devient corniche

 

 En regardant sous les rampants Ouest, Nord et Est du bulbe,  on découvre que l'entablement primitif a disparu parce que les murs correspondants ont été retaillés pour épouser la forme des rampants. Enfin à l'étude des formes respectives des ouvrages on comprend que la corniche fut réalisée par réutilisation des moulures de l'entablement et, réutilisation quelque peu baroque, de quelqques motifs décoratifs encore en état.

L'origine ayant été trouvée des motifs décoratifs de la corniche Est, la question se pose du pourquoi de la conservation du couronnement du mur de la face Sud.

La réponse est simple : c'est dans la direction de ce couronnement que débouchait la tour d'escalier. Le retailler, et de plus en biais, aurait rendu quasiment impossible de sortir de l'escalier. En cette situation le maître d'œuvre opta pour conserver sur cette face du clocher le couronnement de mur primitif, quitte probablement à créer une boursouflure à la base correspondante du bulbe de toiture. De nos jours existent  encore les marches de niveau avec ce couronnement (l'escalier a été détruit lors de la construction de l'église actuelle en 1885).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                       Débouché de l'escalier pour partie sur l'entablement

 

             La présentation ainsi faite des singularités du couronnement des murs du clocher, plusieurs questions le concernant se posent méritant que des professionnels viennent en relai de l'amateur, savoir

 

-la forme de la toiture du clocher antérieurement au coup de vent de 1691 ? Le procès-verbal établi après sa destruction fait état de la "pyramide du clocher faite de charpentes et d'ardoises qui était au dessus de la tour de pierre". Comment architecturalement concilier cette forme pyramidale avec la sortie de la tour d'escalier ? Ici ou là en France doit exister ce genre de disposition. Si ce n'était pas le cas, la toiture pyramidale aurait remplacé une toiture presque plane.

 

-Où, en France et sur quels bâtiments, se rencontrent  un couronnement de murs de même style que celui conservé en face Sud lors de la réalisation du bulbe ?

 

-Quand furent en usage les motifs décoratifs qui ornent ce couronnement de murs primitif ? L'un semble du genre palmette? L'autre, d'une stucture que je ne saurais trop définir, quelque chose comme trois "spatules" accolées, plutôt vertèbres que spatules peut-être. Ce dernier motif est particulièrement bien visible sur l'entablement encore existant ; aussi est-il présenté ci-après. Sur la corniche de face Est du clocher, on voit son jumeau, mais en moins net, sous le pinacle "monté à l'envers".

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

De quand la tour du clocher ?

 

           Comme présenté dans un autre chapitre de ce site, le clocher de Sainte-Croix est assis sur une pierre qui donna au lieu et à sa seigneurie de l'An Mil son nom de Cour-de-Pierre.

           Il semble que ce soit là que  l'évêque d'Angers saint Maurille détruisit vers  440 ou 450 un site sacré dédié au Dieu Mars. Pour saint Maimbeuf autre évêque d'Angers le lieu préalablement appelé Commonicus prit alors le nom de Castrum de la Pierre".

            D'après le cartullaire du Ronceray, sur les instances de la comtesse d'Anjou Hildegarde,  la seigneurie de Cour de Pierre fut donnée en 1037 aux abbesses de cette abbaye d'Angers par Thibault, comte de Blois,.

Qu'elle est appartenue antérieurement à son aïeul Thibaud le Tricheur est probable. En tel cas il est presque certain, vu la personnalité de ce seigneur, que la saillie rocheuse (la Pierre) constituant le point haut de l'enceinte seigneuriale, était surmontée d'une tour en pierre. Lors de la donation du lieu en 1035,  si cette tour était encore debout, la logique conduit à supposer que les abbesses du Ronceray l'ont transformée en clocher ? Pour en avoir le cœur net et donc déterminer si le clocher commença par être une tour le mieux, semble-t-il, est de faire une sondage au droit de l'ogive faisant la liaison entre l'église et son clocher : si tour il y eut, probablement en reste-t-il des fondations. Si tel était le cas, pour une dépense minime on recueillerait un renseignement important : "le jeu en vaut la chandelle".

 

Les cloches

       Les cloches sont au nombre de trois. Elles remontent à 1846 et remplacent de plus anciennes disparues lors de la tourmente révolutionnaire (envoyées à la fonte pour faire des canons). À lire leurs inscriptions, elles ont été bénites par Mr Joubert, vicaire général, Mr Marchand étant curé.

       Elles sont dénommées :

- la cloche en mi-bémol, Jeanne, Désirée, Caroline, elle a pour parrain Jean Désiré Morin, maire et pour marraine, Delle Caroline Desmazière,

- la cloche en fa naturel Michel Victoire, son parrain est Michel Giffard et sa marraine Victoire Myonnet,

- la cloche en sol naturel Louise Henriette Zoé, son parrain est  Mr Henri Fourmond et sa marraine Zoé Guérin.

       Les marguilliers alors en fonction (nos conseillers paroissiaux) sont Mrs Galisson, Froux, Réthoré, Brayer et Renou.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                 (photo Éliane Renaud)

 

Un clocher, témoin d’Histoire

 

       Pendant les Guerres de Religion, Rochefort-sur-Loire fut la capitale de l’Anjou pour la Ligue Catholique. Ses chefs locaux étaient les trois frères de Saint-Offange. Ils dominaient la région depuis le château-fort du baron de Rochefort. Le roi Henri IV le fit démolir. De nos jours il est dénommé rocher de Saint-Offange.

 

       En 1590, le bourg fut le théâtre de violents combats. Le journal de Louvet, un notable angevin4 , les rapporte ainsi : "Lundi 5 mars Monsieur de la Rochepot5 a pris l'église de Rochefort et fait tuer le capitaine qui commandait dedans comme ils parlementaient ", et d'ajouter : "Le 14  mars ceux du parti de l'Union des Catholiques qui étaient venus de Nantes ont repris l'église de Rochefort où il y avait un fort où était le capitaine Pont que le dit sieur de la Rochepot y avait mis en garnison".

 

       Fort probablement est-ce à ces combats, et non à la période révolutionnaire sans combats à Rochefort, que remontent les nombreux impacts de balles qui se voient sur les contreforts6.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                                                           Le  29 juin 2017

                                                                                                                                          Michel Nouaille- Degorce

 

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4 Revue de l'Anjou 1854- tome II

5 agissant pour le compte du roi de France.

6 et non aux guerres de Vendée auxquels ils ont été attribués par erreur. De nombreux rochefortais y prirent part mais hors Rochefort.