L'eau chère, une fatalité ?

Mise à jour du 21/11/11

1- Le "prix de l'eau"

 

                 L’eau est chère, de plus en plus chère. En cette situation, qui regarde "le dessous des cartes"découvre que cette cherté de l’eau a fort souvent pour origine des investissements mal maîtrisés ou une gestion laxiste,  bien souvent aussi  des structures d’un autre âge.

 

                 Toutefois pour lutter contre les dérives du prix de l’eau, une clarification s'impose sur ce que l'on entend par "prix de l’eau". Le plus souvent cette expression recouvre tout à la fois le prix de fourniture au robinet et le prix de reprise et de traitement.  Or l'un et l'autre ont leurs composantes propres et des comparaisons ne sont possibles qu’en abordant chaque problème séparément. Un coût de l’eau incluant les deux n'a aucune signification, devient même un non-sens en l’absence de desserte par un réseau d’assainissement.  Cette réserve faite, l'une et l'autre de ces prestations relèvent d'un service industriel, d’où pour qui veut maîtriser le prix de l'eau mêmes facteurs décisifs : l’optimisation  de la gestion, du ressort soit d’une entreprise publique soit d'une société privée, et l’optimisation des investissements, en règle général du seul ressort de la collectivité..

 

 

2 – Les modes de gestion

 

                 Deux modes de gestion sont en vigueur : le mode direct, la régie, le mode indirect, l’affermage à une société privée. Voici trente ans le mode indirect fut porté aux nues. Depuis, face au renchérissement consécutif du prix de l’eau, beaucoup d’élus "pleurent" leur régie. En fait chaque mode de gestion a ses contraintes propres. Les négliger peut coûter cher, très cher.

 

                  Le mode direct  suppose, sauf cas particulier, une organisation et des compétences à la portée des seuls services importants. Théoriquement il est le plus économique, mais, inconvénient à ne pas méconnaître, il souffre fort souvent des rigidités et pesanteurs de la fonction publique. L’administration tend à s’y substituer à la gestion. Les changements sont difficiles, particulièrement lorsqu’il s’agit de modifier des habitudes et de revenir sur des errements.

 

                 En mode indirect le recours à l’entreprise privée limite la charge de gestion de la collectivité à l’élaboration et au suivi d’un contrat. Hélas! Très souvent l’un comme l’autre ne sont pas ce qu’ils devraient être, l’élaboration du contrat, du fait principalement de situations acquises difficiles à faire bouger, son suivi, du fait de responsabilités insuffisamment assumées, principalement par absence d’un personnel qualifié. Quelques exemples vécus : des renouvellements de canalisation indûment proposés pour être pris en charge par la collectivité, plusieurs omissions de révision de contrat à des échéances favorables à cette collectivité, un engagement qui faillit être "oublié" de remise des compteurs à cette collectivité en fin de contrat. Au total ce fut probablement quelque 10% qui furent gagnés sur le prix de l’eau. Si le nécessaire n’avait pas été fait, qui l’eût vu ?

 

 

3-Les contraintes de gestion

 

                 Dans le cas des régies, un outil de gestion précieux est en place : le budget autonome. Reste à faire effort pour que le responsable du service soit un "chef d’entreprise" au plein sens du terme, c’est-à-dire qualifié tant sur le plan technique que sur celui de la gestion, y compris la conduite des hommes.

                  Dans le cas des affermages les axes d’effort à privilégier sont :

-faire prendre conscience aux élus qu’un bon suivi d’un réseau affermé nécessite un personnel qualifié en mesure tout à la fois de maîtriser le contrat d’exploitation, de son élaboration à sa clôture, et d’orienter la politique d’investissement dans un souci d’efficacité maximale,

-regrouper les structures pour que leur taille puisse leur permettre de se doter du personnel qualifié nécessaire: pour l’eau fort généralement le département ou les agglomérations importantes, pour l’assainissement eaux usées les communauté de communes

- enfin s'appuyer sur des filières de formation.

                 En toute hypothèse, lorsque dérive il y a, il ne faut pas tout "mettre sur le dos" des entreprises. Les collectivités ont leur part de responsabilités. Il n’est que d’assister à certaines réunions d’organismes délibérants pour constater  que le souci n’est pas "comment optimiser les choix et la gestion ?", mais plutôt "quelle est l’augmentation acceptable pour l’usager ?".

 

4- Investir à bon escient   

 

                 Un investissement superfétatoire, mal conçu ou d’un prix mal maîtrisé renchérit ipso facto le prix du service. Hélas! Pour l’eau comme pour l’assainissement de tels investissements sont très courants. Que l’on en juge par les faits suivants vécus en spectateur par un ancien maire qui fut président d’un syndicat d’eau potable...et aussi directeur d’une régie d’eau et d’assainissement:

 

                 pour l’eau

 

- la construction d’une usine d’eau potable décidée sans que soient étudiées les possibilités d'approvisionnement depuis un service d’eau voisin,

- d’onéreuses recherches d’eau pour des volumes qui peuvent être obtenus auprès d’un syndicat voisin, à meilleur compte à condition de faire le calcul du prix de revient en intégrant le coût d'amortissement des installations,

-une décision de création d’une réserve supplémentaire d’eau traitée prise hors toute coordination avec les services voisins,

- un projet de château d’eau engagée à la légère avec un coût d'ouvrage qui de 1 030 000 € en 2003 est  réévalué à 1 200 000  en début d'année  2007 pour être porté à 1 500 000 €  huit mois plus tard.....sans que nul membre du Syndicat ne s'émeuve ! Si à la légère que pour finir le projet capote au stade du permis de construire alors que 50 000 euros et plus sont dépensés.

- des châteaux d’eau de capacité monstrueuse, pouvant atteindre 3000 m3, sont construits ici ou là sans tenir  compte que le même service peut être rendu à un coût nettement moindre par la technique des réservoirs au sol avec pompes de mise en pression (à noter qu’en Allemagne ou en Angleterre le château d’eau à la française n’a pas la cote).

 

                 pour l’assainissement

 

- une station de relèvement d'eaux usées dont la consommation d'énergie électrique s'emballait. Qui pouvait s'en rendre compte en l'absence d'un contrôle des factures d'électricité ? Or qui dans une administration contrôle de telles factures ?

- une étude diagnostic d'un coût final 1998 de 245000 francs HT dans laquelle plusieurs préconisations sont malvenues par suite d'une connaissance insuffisante des spécificités locales et des contraintes administratives. Fut notamment proposée une dépense de  3 300 000 francs pour que la station d'épuration puisse absorber des effluents viticoles.  Or ce ne saurait être mis à la charge de la collectivité.

- en 2004, s'affranchissant de l'étude diagnostic ci-dessus, le Service de l'Équipement conseille, une dépense de 600 000 euros pour  le remplacement d'une canalisation qui était en service depuis trente ans. Motif invoqué : une insuffisance de pente à l'origine de dépôt obstructif.  En fait les débits autorisaient la pente, mais il y avait un point bas où se déposaient du sable et des cailloux transitant par un réseau pour partie unitaire.  Si travaux on voulait faire, il suffisait de réaliser un regard décanteur là où se produisait le dépôt. Comble d'ineptie la pente étant constante : pour des raisons d'économie la décision fut prise de ne remplacer que la moitié de la longueur de l'ouvrage! Finalement la totalité des eaux usées du bourg emprunte non plus une unique canalisation à fonctionnement gravitaire mais deux que sépare une station de relèvement. Non seulement on a dépensé de l'ordre de 400 000 euros mais tous les jours on consomme de l'énergie. Comme politique de gribouille on ne fait guère mieux.

 

                 Bien évidemment tous ces investissements injustifiés sont très généralement subventionnés les yeux fermés tant par le Conseil Général que par l’Agence de Bassin. Que nos deniers soient dépensés à bon escient, ne les concernerait pas. Compterait seul que l’opération corresponde à une ligne budgétaire. Pourtant, en matière d'eau comme d'assainissement ne serait-il pas logique

- qu'un ingénieur amené à conseiller une collectivité soit formé à prendre en compte les contraintes de gestion tant administratives que techniques ?

- qu'un Conseil Général subordonne ses subventions à une rationalisation des infrastructures? aussi prenne en compte la préservation de l'environnement pour exclure les nouveaux châteaux d'eau du champ des subventions ?

- qu'après une étude diagnostic subventionnée, l'Agence de Bassin ne subventionne que les seuls travaux recommandés par cette étude ?

 

5- Réformer les structures

 

                 À réfléchir aux causes lointaines des diverses dérives ci-dessus présentées, qui a vécu ces problèmes comme élu et technicien en a tiré les enseignements suivants :

 

Pour l'eau comme pour l'assainissement

 

1- En gestion déléguée, la collectivité n'est pas exonérée de toute charge directe : un investissement se pense, un contrat se gère, d'un point de vue technique comme administratif. La collectivité ne peut se livrer à son exploitant pieds et poings liés.

 

2- La gestion ne peut se faire "à la petite semaine". Elle doit être suivie. Elle nécessite un personnel qualifié qui connaisse le réseau et ses spécificités, qui tienne un tableau de bord de l'avancement des programmes d'équipement, qui définisse les priorités, qui  lance les études, qui veille à ce qu'elles prennent en compte les contraintes locales, qui propose les actions à engager, qui  organise l'entretien, qui surveille le bon fonctionnement des équipements, etc.

 

3- L'ingénieur en charge de la gestion technique ne doit pas avoir un intérêt financier, qu'il soit direct ou indirect à conseiller les opérations qui rapportent le plus d’honoraires. Être juge et partie est par trop dangereux.  Quant à espérer que l'exploitant "corrige le tir", il n'y faut pas compter Comment pourrait-il prendre une position différente de celle du responsable chargé de le contrôler ? d'autant que, si conséquences financières il y a, ce n'est pas lui exploitant qui la subira mais l'usager.

 

4- Des regroupements de collectivités s'imposent. Faute d’assiette budgétaire, beaucoup n'ont pas la possibilité de se faire assister efficacement dans leurs charges de gestion de services industriels, que ce soit pour le suivi administratif, le choix des investissements, la maîtrise des consommations d'énergie, la protection de l'environnement.... d’où, fréquemment, des omissions, retards, impossibilités de suivre une réglementation qui évolue, non applications d’une clause favorable à la collectivité, gaspillages de deniers publics, etc.

 

 

                 À l’ère des avions à réaction et des fusées, l’organisation des services publics en est encore bien souvent aux avions à hélice. La faire évoluer s'impose. En cette année 2011 il y a de l'espoir en Maine et Loire : il est question de regrouper les syndicats et services d'eau et de ramener leur nombre de 43 à 10. Affaire à suivre.

 

                                                                                                                                                         Michel Nouaille-Degorce

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