Histoire de Rochefort-sur-Loire          des origines à 1789

           Rochefort-sur-Loire (2000 habitants) est une petite ville située en bord d’un bras de Loire, à quelque 18 kilomètres au Sud-Ouest d'Angers. Ce bras, dit "le Louet", divise le territoire communal en deux parties: l'une, la Vallée, constituée de terres et prés qui sont inondables en période de fortes crues du fleuve, l’autre, les Champs , des coteaux pour moitié occupés par des herbages, pour l’autre par un vignoble réputé dont celui de Chaume célèbre par son Quart de Chaume. La commune est en périphérie des Mauges, l'un des hauts lieux de l'insurrection vendéenne.

 

           Sur son histoire  des légendes se sont transmises de génération en génération du genre "bourg de création remontant à la démolition du château-fort de Saint-Offange" ou encore " sur le clocher impacts de balles remontant aux guerres de Vendée ". Le présent article se propose de "tordre le cou" à toute affirmation infondée  et de donner sur l’histoire de Rochefort un aperçu présentant les certitudes ou, en leur absence, les probabilités telles qu’elles ressortent d’une étude minutieuse des documents d'archives et des contextes.

 

Origine du nom

 

            Rochefort-sur-Loire tient son nom de deux plateaux rocheux autrefois fortifiés, dits Saint-Offange et Saint-Symphorien, qui, à quelque huit cent mètres au nord-ouest du bourg, saillent d’une vingtaine de mètres sur la plaine alluviale de la vallée de la Loire. Les vieux textes les appellent tantôt Rupes Forti ou Fortis, tantôt  Roca Forti ou Fortis. Des indices de présence gallo-romaine y ont été trouvées. Sur le plus petit, dénommé rocher de Saint-Offange, se trouvait le château fort du seigneur de la châtellenie puis baronnie de Rochefort. Au XVème siècle, il le déclarait son chastel, vulgairement appelé Rochefort. Sur le plateau rocheux voisin se trouvait le village de la Motte Saint-Symphorien, un village fortifié, l’une des 32 villes closes de l’Anjou à suivre le Dictionnaire Historique de M&L..         

            D'après le Cartulaire de l'abbaye d'Angers dite du Ronceray, la seigneurie de Rochefort avait été fondée en 1106 par une donation faite à Abdon de Briollay par le comte d’Anjou Foulque le Réchin "après la déplorable mort de Geoffroi au siège de Candé"2. Elle couvrait quasiment toute la vallée de Rochefort exception faite de "l'isle Lombardières" et, en rive gauche du Louet, tout l'Ouest du territoire communal, y inclus le village de Chaume, ainsi qu'une bonne partie des communes voisines de Saint-Aubin-de-Luigné et Chaudefonds. 

 

La Cour-de-Pierre, au cœur du bourg,

 

                 Le reste du territoire communal dépendait d’une châtellenie dont étaient seigneurs les abbesses de l’abbaye de Notre-Dame de la Charité d'Angers, dite du Ronceray. À suivre le Cartulaire de cette abbaye, cette châtellenie, dite de Cour-de-Pierre, a pour origine une donation d’un domaine nommé la Cour-de Pierre faite en 1O37  par Thibaud, comte de Blois, à la prière d’Hildegarde, comtesse d’Anjou.3

 

                 La résidence seigneuriale des abbesses se trouvait au centre du bourg dans un enclos englobant aussi l’église, dédiée à la Sainte Croix, et les bâtiments de  service de ces temps-là, écurie, grange, logement des gardes, etc. À suivre les documents d’archives4, l’abbaye avait reçu outre la résidence seigneuriale, de nombreuses terres en dépendant, les bois du Latay5 et de la Haye, des pêcheries en bord de Loire en un lieu-dit les Luisambardière en 1270 (de nos jours les Lombardières), des droits seigneuriaux, le patronage enfin des églises et paroisses de Sainte-Croix près Rochefort, de Saint-Lambert et de Sainte-.Foy sur Saint-Lambert du Lattay.    

            Selon toute vraisemblance, c'est sur Rochefort, que se situe un épisode7 de la vie de saint Maurille, évêque d’Angers dans les années 420-450.  Selon saint Maimbeuf, autre évêque d’Angers mais du VIème siècle, il y détruisit  un site sacré païen où avaient lieu des orgies et des bacchanales. Jusqu'alors dénommé Commonicus le lieu prit le nom de château de la pierre (castrum petrae), Pour dom Chamard transcripteur de la relation dans sa Vie des Saints Personnages de l'Anjou, ce vocable "répond évidemment au mot Rochefort" (au sens bourg de Rochefort et non Rupes Fortis).

 

          Pour sa part, Archanald, un moine auteur d’une autre relation de l'anecdote, apporte une précision intéressante (qui assied probablement une crédibilité qu’il est d’usage de contester) : le site sacré comprenait un rocher et un bois, tous deux  dédiés au dieu Mars, le "Rupes Martis" et le "Lucus Martis". Un quartier de Rochefort s’appelle Le Martreau, très probablement est-ce par référence à ce dieu Mars gallo-romain.

 

          Selon toute vraisemblance enfin la Pierre qui donna son nom à la seigneurie est une émergence rocheuse de quelque deux à trois mètres de hauteur et d’un diamètre d'une quinzaine de mètres sur laquelle est fondé le clocher de l'église, peut-être ancienne tour féodale à en juger de sa situation sur une enceinte seigneuriale d'allure très carolingienne.

 

 

 

 

 

Le bourg devient Rochefort

 

           Sitôt le domaine de Cour-de-Pierre remis au Ronceray, ses habitants bénéficièrent, de la part du comte d’Anjou Foulque Nerra et de son épouse Hildegarde, de franchises et exemptions qui favorisèrent l’urbanisation des abords de l’enceinte seigneuriale. D’abord bourg Sainte-Croix au XIème siècle, l’agglomération devint Sainte-Croix de Rochefort au XIIème, puis enfin ville de Rochefort au XIIIème, notamment en 1222 lors d'un arbitrage réglant les rapports de voisinage entre le Ronceray et noble homme Guy, seigneur de Rochefort, et Payen son frère.

           Ainsi donc le seigneur de Rochefort ne fut pas seigneur du bourg de Rochefort mais seulement des Roca Fortis proches ainsi que des terres relevant du fief, y inclus le village du Martreau qui, de nos jours, fait partie du bourg. Quant au village fortifié de la Motte-Saint-Symphorien proche du château du seigneur de Rochefort, il était si démuni de ressources  qu’il ne pouvait faire vivre un prêtre desservant. Aussi la paroisse fut-elle supprimée en 1282 par rattachement à la paroisse Sainte-Croix de Rochefort.

 

Le château fort de Dieusie

 

           À Rochefort un autre château fort exista aux temps anciens, distinct de celui du seigneur de Rochefort. Il était construit sur une troisième émergence rocheuse, plus proche du bourg et tête d’une île divisant le Louet en deux bras, le Louet d'un côté, le petit Louet ou fossé Verron de l'autre. C'était un château-fort comtal puis royal. Il fut probablement construit du temps de Payen de Rochefort, sénéchal du roi d’Angleterre Jean-sans-Terre alors que ce dernier, depuis Rochefort, tentait de reconquérir son duché d’Anjou. La forteresse était imposante. Appuyée pour partie sur une falaise en à pic, son enceinte basse comportait 12 tours. Au niveau supérieur le donjon était protégé par une enceinte haute ponctuée de six tours et d’une poterne. Payen fut tué en 1214 lors du siège de la forteresse de  la Roche-aux-Moines qui fait face à Rochefort sur l’autre rive de Loire. Dieusie fut racheté en 1274 par Philippe le Hardy, fils de saint Louis ; il resta propriété de la couronne jusqu’au XVIIème siècle.

 

Rochefort au Moyen-Âge

 

           Au Moyen-Âge la châtellenie de Cour-de-Pierre et la châtellenie de Rochefort connurent une évolution fort différente.

 

           En Cour-de-Pierre  les religieuses créèrent de nombreuses métairies par  défrichement de la forêt du Lattay qui arrivait jusqu'aux portes du bourg, de nos jours forêt de Beaulieu pour sa partie restante. Le  bourg accueillait les notables des deux seigneuries, les artisans, les mariniers, etc. aussi de nombreuses résidences secondaires de queklques gros bourgeois d'Angers. Il était vers les années 1450  parmi les villes importantes de l’Anjou, ce dont témoigne encore un riche patrimoine bâti remontant au XVème.

 

           En châtellenie, dès l’origine les seigneurs furent d’une famille proche du pouvoir, dans un premier temps la famille de Rochefort, ensuite par mariage de   l’héritière, les familles de L’Isle-Bouchard, de la Trémoille et enfin de Bourbon-Condé. Rarement là, le seigneur de Rochefort était localement représenté par un chastelier, le dernier étant probablement René de Saint-Offange. Le fief tenait les bords de Loire et percevait un péage en l’île de Tancré face à la Possonnière, à charge pour le seigneur de gérer et entretenir la section de Loire correspondante. Son domaine privé comprenait la quasi-totalité de la Vallée de Rochefort, alors principalement constituée de communs, c’est-à-dire de prés où les habitants de la châtellenie pouvaient faire paître leurs bêtes moyennant une redevance annuelle. Le seigneur de Rochefort n'avait que la seule métairie du Pâtureau. Ses vassaux étaient nombreux et, pour certains hauts et puissants, tel le marquis de Beauveau, seigneur de la Basse-Guerche sur Chaudefonds. 

 

           Dans les années 1200-1400 les Templiers eurent très certainement pignon sur rue à Rochefort-sur-Loire. Tenaient-ils un établissement hospitalier? Avaient-ils seulement un établissement à pure vocation économique? On ne sait exactement. Tout au plus se relève en deux censifs de l'Ordre Ancien du Temple d'Angers, qu'en 1501 comme en 1628 tout un quartier du bourg relevait de leur mouvance seigneuriale. En faisait probablement partie le lieu-dit La Tanneyre devenu logis bourgeois au XVème par transformation d'un édifice plus ancien, puis Cure et enfin  Ancienne Cure dans les années 1850. Le nom du Temple est resté attaché à un  logis voisin reconstruit au XIXème ainsi qu'à des parcelles plantées de bonnes vignes.

 

Rochefort en fin de Moyen-Âge

 

           Rochefort connut son « âge d’or » à la fin du Moyen-Âge, à en juger

- du patrimoine bâti conservé,

- des 438 feux recensés en 1688, en un temps où les Ponts-de-Cé  en recensent 527 et Baugé 588,

- enfin des écoles de grammaire et de chant dont le Dictionnaire Historique de Maine-et-Loire signale l’existence de 1438 à 1556.

 

Rochefort pendant les Guerres de Religion

 

           Par deux fois Rochefort fut un lieu d’affrontement lors des Guerres de Religion, la première fois du fait d’un seigneur protestant, Hercule Jacques de Saint-Aignan dit aussi le capitaine Desmarais, la seconde fois du fait de ligueurs, les frères de Saint-Offange.

 

           L’épisode Desmarais remonte à 1562 et fut de courte durée. En avril ce seigneur s’emparait de la ville d’Angers. Chassé par l’armée royale et les habitants, le petit reste de sa troupe se réfugiait au château des Ponts-de-Cé, puis, ne s’y sentant pas en sécurité, allait à celui de Rochefort, quelque peu laissé à l’abandon. L’armée royale attaquait le 1er juillet et le 10 venait à bout de toute résistance. Fait prisonnier avec deux de ses soudards, Desmarais fut rompu sur la roue en la place du Pilory à Angers.

 

           L’épisode Saint-Offange fut d’une toute autre ampleur et dura de 1588 à 1598. Les "héros" en furent trois des quatre fils du chastelier René de Saint-Offange qui avait adhéré en 1576 au pacte catholique de la noblesse angevine. L’assassinat du duc de Guise donna le signal de la révolte des ligueurs. Angers leur échappant,  Rochefort devint l'un de leurs points forts en Anjou, les arrières étant assurés par le duc de Mercoeur qui tenait Nantes et la Bretagne. Les troupes royales, pour beaucoup soudards anglais et lansquenets allemands, attaquèrent une première fois, et sans succès, en 1590, une deuxième fois, et sans plus de succès en 1592. De guerre lasse le roi n’insista pas et plusieurs années durant la situation resta en l’état avec une Ligue Catholique contrôlant plus ou moins bien une moitié de l’Anjou.  La paix ne se fit qu’en 1598. En cette année-là,  par le traité dit de Saint-Symphorien le roi Henri IV  accorda aux ligueurs son pardon. En contrepartie de leur ralliement les Saint-Offange obtenaient une amnistie totale pour toutes les exactions dont ils pouvaient être responsables et, de plus, recevaient 6 000 écus et une charge de gentilhomme ordinaire de la Maison du Roi.

 

           Cette période de guerre civile fut extrêmement éprouvante pour la population de  Rochefort. La soldatesque de passage vivait à ses dépens et s’en donnait à cœur joie de piller, violer et incendier. Dans la tourmente disparurent les écoles de grammaire et de chant.

 

Les impacts de balles sur le clocher

 

           Les tuffeaux des contreforts du clocher de l’église de Rochefort sont constellés d’une multitude d’impacts de balles qui témoignent d’un combat violent. Il fut longtemps admis qu’ils remontaient aux Guerres de Vendée. Un article d’Aimé de Soland et un appel au secours de Reynaud, commandant la garde nationale de Rochefort sont à l’origine de cette attribution. Depuis lors, l’étude approfondie de l’histoire de Rochefort fait conclure :

1- Pendant la Révolution, il n’y eut localement aucun combat d’envergure. La preuve en est apportée par un rapport du commissaire de canton qui ne fait pas état d’une quelconque attaque de Rochefort. L’appel au secours de Reynaud témoigne seulement d’une peur provoquée par la présence de chouans non loin de là, à Saint-Aubin-de-Luigné.

2- Il est hautement probable par contre que les impacts de balles font suite aux combats qui eurent lieu autour de l’église en mars 1590. Louvet les rapporte ainsi dans son journal : Le lundi 5 mars Monsieur de la Rochepot a pris l’église de Rochefort et fait tuer le capitaine qui commandait dedans comme ils parlementaient...Le 14 mars ceux du parti de l’Union des Catholiques qui étaient venus de Nantes ont repris l’église de Rochefort où il y avait un fort où était le capitaine Pont que le dit sieur de la Rochepot y avait mis en garnison". Les contreforts en tuffeaux n’ont pu que conserver la trace de ces combats.

 

La destruction du château fort de Rochefort

 

           Après la reddition des Saint-Offange, le roi Henri IV, sur les instances de la municipalité d’Angers, ordonna l’entière ruine et démolition des châteaux et fortifications de Rochefort, de Dieusie et de la ville de Saint-Symphorien.  Il accordait en dédommagement 26 000 livres aus sieurs de la Témoille et de Mirepoix qui se contestaient la baronnie. Le 5 mai 1599 avait lieu la démolition de la grosse tour de la Trésoerie, très probablement, sur le rocher de Saint-Offange, celle dont demeure un pan de mur dressé vers le ciel tel un doigt menaçant.

           Toute réelle fortification avait disparu. Néanmoins, après la mort d’Henri IV et par deux fois, Rochefort causa souci aux autorités :

- une première fois dans les années 1623-1625 la Ville d’Angers dut envoyer 500 hommes pour prêter main-forte aux officiers royaux assaillis par les hommes du baron de Rochefort,

- une seconde fois en 1652 pendant la Fronde, les seigneurs révoltés occupant Rochefort. 

 

Les derniers seigneurs de Rochefort

 

           Devenu baronnie au XVIème siècle, le fief de Rochefort perdit beaucoup de son intérêt après la destruction du château fort et du logis seigneurial s'y trouvant qui avait été construit vers 1475 par Louis II de la Trémoille. Aussi en 1620 Henri II de Bourbon-Condé le cédait-il à  Louis d’Alogny, marquis de Rochefort-sur-Creuse.. Ce dernier s’en défaisait à son tour en 1639 par une vente à Noble Dame Simone de Maillé, abbesse de l’abbaye du Ronceray. Étaient exclus de la vente le port et passage de la Possonnière, l’Isle de Tancré et le droit d’accroissement.

           De la sorte passée 1639 les abbesses du Ronceray furent tout à la fois Dame châtelaine de Cour-de-Pierre et baronne de Rochefort, ce jusqu’à la nouvelle organisation du territoire mise en place à la Révolution.

 

Les administrations seigneuriales

 

           Tout au long de leur existence les seigneuries  furent des entités féodales distinctes, ayant leurs us et coutumes propres, tels des poids et mesures spécifiques ou encore, en seigneurie de Rochefort, un droit de quintaine qui ne s'appliquait qu'en baronnie, en l'occurrence, pour les mariés de l'année, l'obligation de participer à des joutes nautiques organisés par le seigneur.

           La gestion des biens, droits et devoirs de chaque seigneurie était affermée séparément moyennant, de la part des contractants, une redevance annuelle en espèces et en nature, blé froment, blé seigle, bois, etc.

           Une fois la fusion réalisée, les personnels, sénéchal, procureur, greffier, furent communs et il n’y eut plus qu’une seule administration. Elle siégeait auprès de l’église du bourg en un lieu-dit dénommé l’Abbaye que de récentes études ont identifié au lieu de Cour-de-Pierre, à l’origine du nom de la châtellenie des religieuses.

 

Le patronage de l’église Sainte-Croix

 

           Les abbesses du Ronceray avaient le patronage  de l’église Sainte-Croix. À ce titre elles avaient la charge des gros investissements immobiliers. En témoigne notamment un blason en clé de voûte du porche sous clocher ; il est aux armes de Françoise II Auvé, abbesse en exercice de 1529 à 1549 et rappelle qu’elle fit effectuer d’importants travaux sur le clocher, savoir apparemment sa mise en transept et l’aménagement d’une chapelle éclairée par deux grandes verrières.

           Confirme expressément  cette attribution un procès-verbal en date du 4 mars 1692 du sénéchal de la chastellenie de Cour-de-Pierre et baronnie de Rochefort y annexée : Madame de cette Cour désire, comme décimatrice17 de cette paroisse, faire refaire l’aiguille du clocher jetée à terre, avec sa charpente, par les grandes ventures et tempêtes de l’année précédente. Accompagné d’un maître charpentier et du garde des eaux et forêts, le sénéchal rendait compte du marquage en forêt voisine des 84 chênes à abattre pour faire une nouvelle charpente.

           Face au seigneur la paroisse avait son organisation propre avec un syndic pour représenter la collectivité, un procureur pour suivre ses finances, enfin un organisme délibérant, dit conseil de fabrique, qui était constitué de notables.  

 

Les écoles et maison de charité

 

           À la fin du XVIIème siècle, sur une initiative privée, un début d’enseignement primaire vit le jour à Rochefort en même temps qu’était créée une institution dite maison de charité qui jouait le triple rôle d’infirmerie, d’hôpital et de bureau d’aide sociale. Le fonctionnement en était assuré par des demoiselles ou dames de charité. Elles avaient de plus la charge de faire l'enseignement des filles pauvres dans une école, dite de charité. Les premières dames de charité à l’origine de l’établissement furent Marie Maugrain et Marie Grandet.

 

           L'équivalent pour l'enseignement des garçons remonte à une date non connue. Tout au plus sait-on qu'en 1722 le curé Louis Dupont achetait un local pour l'école de charité de garçons. A noter que les curés de Rochefort s'appelèrent Dupont de 1689 à 1786, tous parents, soit frères,  soit oncle ou neveu, tous aussi d'un grand dévouement.

 

Rochefort en 1788

 

           Le rapport de la Commission Intermédiaire

 

En préalable aux États Généraux l'Assemblée Provinciale d'Anjou avait créé une Commission dite Commission Intermédiaire avec pour tâche de dresser paroisse par paroisse l'état de la province. Pour Rochefort la situation est présentée comme suit :

- La "dame" de la paroisse est l'abbesse du Ronceray, son curé, mr Bouloi,

- Une Municipalité vient d'être mise en place. Son syndic est le sieur Le Doyen, toutefois elle doit être réformée car composée de deux frères et de deux beaux-frères et "sans aucun membre de la campagne", ce terme campagne désignant apparemment les Champs par opposition à la Vallée.

- L'église n'a besoin que d'être rallongée. Point de réparation à prévoir au presbytère.

- Les revenus ecclésiastiques sont évalués à 12076 livres se ventilant : la cure 22200, la fabrique 26, la maison de charité 60, la commanderie de St Laud d'Angers  (Le Temple) 30, autres et biens de main morte (biens appartenant aux couvents et abbayes dont principalement le Ronceray) 10060.

- Le Roi y a de revenu 400 livres,

- Il n'y a point d'usine, ni manufacture, ni fours à chaux, ni moyen de faire cet établissement.

- Il y a un bon étalon. On élève des chevaux de la petite espèce mais on ne peut y établir un haras à cause des inondations trop fréquentes dans les prairies qui seraient propres à cet effet.

-Les bêtes à laine sont médiocres. Leur toison pèse 1 livre 1/4. Point d'espoir d'amélioration à cause des eaux.

- Point d'employés des gabelles.

- Il y a 400 pauvres qu'on ne peut soulager que dans le temps de la moisson par les travaux

qu'on leur fait faire.

- Aucune des sages-femmes n'a fait de cours d'accouchement, cependant les accidents de couches sont rares.

- Il y a deux chirurgiens très habiles.

- Il y a point d'artiste vétérinaire, aussi arrive-t-il que des bestiaux périssent

 

Les cultures locales de ce temps-là sont la vigne et le "blé seigle" sur les coteaux, le lin et le chanvre en Vallée inondable, la vigne aussi occasionnellement.

 

                   Les habitants de Rochefort en 1789

 

            Clercs et officiers publics : le curé Boulloys que secondent deux vicaires, le sénéchal (Jacques Davy), le procureur fiscal, le receveur des domaines (Mollat-Jourdain), le contrôleur au bureau des traites (Esbrard Desfontaines), les notaires (Bonneau, Jean Etienne Poitevin, René Lemay, François-Alexandre Moron), le greffier (Charles René Martin), l'huissier (Jean Charles Denis), les chirurgiens (J.B. Lemée, Bertrand Chevalier), un officier de santé (Pierre Ropart), un médecin (Marie Augustin Tharreau), un garde étalon (Cébron), le contrôleur des titres (M. de Longtome), le maître d'école (Etienne Martin), les demoiselles de Charité (Françoise Cady, Anne Puypéroux)

 

                   Sont propriétaires (entre autres) :

           - le sénéchal de Chalonnes, René Marie André Dumesnil (Le Glétron devenu le Liétron)

           - le conseiller au Présidial d'Angers Delorme (La Giraudière)

           - Joseph Auguste Fourmond (Le Veau)

           - Lefevre de Chasle (Le Temple)

           - les demoiselles de l'Eperonnière (le Martreau)

           - le Comte de Cornillé (l'Eperonnière)

           - le Marquis Barrin de la Galissonnière (à l'Écharderie sur Chaume)

           - le sieur Daburon de Manthelon (à Midion 5 quartiers de vignes, métairie et closerie)

           - René Lheureux

           - Françoise Jouanneau

           - La veuve Bory,

           - les Trottier

 

 

            Les artisans : des tailleurs d'habits (René Grosneau, René Papin  André Lheureux), cordonniers (Michel Fruchaud, Mathurin Chiron, Pierre Martin), boulangers (Jean Gaté, Pierre Gautron, Joseph Bourigault), perruquier (Joseph Renault), sabotiers (René Clain et François Mahé), mercier (François Boulestreau), maréchaux-ferrants  (Michel Delaunay, Jacques Boucherit, Jean Bréheret, Toussaint Drugé), charron  (Jean Mahé à Midion), maréchaux-taillandiers fabriquant et affûtant les outils tranchants (Jean Boucherit, Jean Chouteau), sellier (Jacques Banchereau), bourreliers (Jean Lucas et François Hardouin), tisserands (Pierre Lebrun, Pierre Mondain, René Bourigault, René Mériau, Renou , Gougon, René Bouhier), tanneur (Louis Blanc), chamoiseur (Charles Lucas), filassier (Louis Derouet), meuniers (Louis Pasquier, Jude Pasquier de la Croix Blanche, Joseph Leroux du Veau Hodée, René Boulestreau de Chaume, Mathurin Dupotier, Toussaint Bouton de la Garde, Gabriel Maugrain aux Loges), voituriers par terre Etienne Poitevin, Joseph Sellier, Pierre Humeau, Vincent Perrault, Jean Guérin, Jean Chevrier, Louis Martin, Jean Morin, Pierre Jubeau), boucher (Olivier Mathurin Bréhier), aubergistes (trois au bourg, Claude Traineau, Jacques Doyen et Jean Gachet du Grand Louis et un aux Lombardières, Louis Bourrigault), cabaretiers (Mathurin Gautier, Jacques Ledoyen "pour la vente du vin qui vient de son cru", Jean Paul Couchot), tonneliers (Touchard, René Lucas, Etienne Lebeau), "ferblantier" (Louis Barbot de l'Etang), maçons (François Jahan et Michel Beclar), menuisiers (François Chouteau, André Moreau, René Béconnais), couvreur (Léon Ferné), charpentiers (Cesbron, Jean Ménard, Jean Menier), serruriers (Jacques Bris, Jean Gourdon et le compagnon serrurier Marchand), couturière (Jeanne Lemeunier), sages-femmes (Anne Jahan, Renée Chevrier, Louise Brun, Marie Bruneau), fabricant (d'outils probablement, Joseph Barthélemy Froux),

 

    En sus de nombreux marchands, des voituriers par terre et par eau, des mariniers, des pêcheurs de Loire, des métayers et closiers,des laboureurs, des vignerons, des bêcheurs, enfin des domestiques (il y en avait pour le moins deux ou trois dans une maison "bourgeoise").

 

 

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